Il y a 10 ans, à l’aube d’un nouveau millénaire, l’idée m’est venue de créer sur la toile francophone un site dédié au Portugal et aux Portugais. Le Portugal, toujours le Portugal, rien que le Portugal. Une obsession, chez moi qui suis né là-bas, qui fait partie intégrante de ma vie, de ma personnalité, de mon histoire. Le Portugal, c’est une passion, tellement forte que je n’ai pas d’autre choix que de la partager avec vous. Aussi, après 10 ans d’existences, et Lusitanie en a eu plusieurs, le temps est venu de rassembler dans un livre quelques-uns des articles publiés sur lusitanie.free.fr, un blog dédié au Fado et à toute la Musique Portugaise, à la Culture du Portugal, à la Communauté Lusophone sur Internet, à la passion du football et à la Selecção Portugaise de Football, à l’histoire du Portugal, aux grands Portugais de l’histoire, aux symboles et aux mythes portugais, à l’histoire de l’immigration portugaise, à la notion complexe d’identité franco-portugaise, aux dégâts liés au déracinement culturel, avec de nombreux témoignages de Lusodescendants, d’immigrés et d’enfants d’immigrés. Ce livre retrace le parcours d’un fils d’immigrés portugais, ses idées, son témoignage et sa vision idéaliste et idéalisée du Portugal. Je vous invite à me suivre dans un Voyage en Lusitanie, au-delà de la saudade, vers un rêve éveillé, une douce utopie.

« La Culture Portugaise ce n’est pas seulement dans les livres et à l’école qu’on peut la trouver, c’est Toi, c’est Moi, c’est Nous, c’est ce ciment qui nous relie et qui nous renforce, c’est cette langue belle et chuintante que nous sommes seuls à entendre, et avec laquelle nous parlons du pays, c’est ce sentiment profond d’appartenance à une famille, à une communauté, c’est l’humilité de mes parents, c’est la force et la fierté d’être Portugais qu’ils m’ont transmises, c’est la splendeur passée qu’on traine comme un trophée trop lourd, c’est l’histoire de milliers de personnes déracinées qui ont émigré ailleurs pour aller gagner durement une dignité qui leur était refusée dans leur propre pays, c’est supporter son équipe nationale de football aveuglément, même quand elle n’est pas bonne sur le terrain, c’est avoir les larmes aux yeux et le coeur serré quand on entend l’hymne portugais parler d’Héros de la Mer, c’est créer un site web sur le Portugal et les Portugais alors qu’il existe tant de sujets intéressants à traiter, c’est vouloir partir en vacances au Portugal alors qu’il y a tant de destinations plus belles les unes que les autres, c’est cette complicité indescriptible qu’il existe entre nous, c’est ça la culture portugaise, ma culture, c’est l’héritage d’une valeur inestimable que m’ont légué mes parents, c’est cette flamme intense et fragile que j’aimerais tant offrir à mon enfant. »

Qu’il est près mon pays, à peine 2 heures d’avion, mais qu’il est loin aussi. « O tempo passa, Leva o passado… ». Le temps passe et toi, Portugal, la terre où je suis né, le pays de mes ancêtres, là où sont mes racines, tu t’éloignes de moi chaque jour un peu plus. Je m’accroche à des souvenirs d’enfance mais ils me font défaut, ton image devient floue, j’ai peur de devenir aveugle, de ne plus te voir, de ne plus te revoir. Je t’ai quitté une nuit, il y a longtemps déjà, en cachette, comme si j’avais honte de toi, mon pays, et depuis je ne cesse de te rechercher en vain. Je marche dans le désert de la mémoire, je bois l’eau si rare de ma culture d’origine, que je puise là où je peux, mais elle a un goût de trop peu, et pourtant j’ai tellement soif.

Fier d’être Portugais, c’est ne pas oublier la Lusitanie, nos racines lusitaniennes, ce peuple valeureux qui tint tête au puissant empire romain avec pour chef Viriato, c’est savoir que le Portugal est l’une des premières et des plus vieilles nations européennes, que le premier roi du Portugal Afonso Henriques, qui était de père français et de mère espagnole, a bataillé dur pour gagner l’autonomie de ce qui n’était qu’une province espagnole et créer ainsi le royaume du Portugal, fier d’être Portugais c’est continuer de parler le portugais, notre langue maternelle, celle de nos parents, langue que Dom Dinis le roi troubadour et poète a décrété à Coimbra, l’une des plus vieilles universités du monde, fier d’être Portugais c’est valoriser à chaque instant la mémoire de nos ancêtres, c’est s’enorgueillir comme Camões dans ses Lusiades que notre petit peuple, initié par le grand visionnaire Henri le Navigateur, ait découvert les Amériques, contourné l’Afrique, fait le commerce maritime des épices avec l’Inde, ait débarqué en Chine et au Japon, ait fait le tour du monde sur des caravelles portant fièrement la croix du Christ alors que toutes ces contrées lointaines n’existaient pas sur les mappemondes, fier d’être Portugais c’est ne pas oublier ce qu’ont dû endurer nos parents lorsqu’ils ont émigré en France clandestinement poussés par la misère sociale et la dictature, embauchés à tour de bras à l’appel des sirènes des entreprises françaises, c’est ne pas occulter le traumatisme de l’abandon de sa terre et des siens, de la dure vie des bidonvilles et des travaux mal payés, fier d’être Portugais c’est continuer à rêver de notre petit pays tout en sachant qu’on n’y vivra jamais pour de bon, c’est avoir envie d’y finir ses jours alors qu’on est né en France, c’est brandir haut et fort le drapeau portugais lorsque joue l’équipe du Portugal, c’est avoir les larmes aux yeux et le coeur serré lorsque retentit a Portuguesa, c’est soutenir nos joueurs qui évoluent dans les meilleures équipes du monde, c’est s’identifier au meilleur joueur du monde et le pousser à aller encore plus haut, jusqu’à notre sommet, fier d’être Portugais c’est mettre en avant notre culture, riche, foisonnante, notre musique, comme le fado, qui nous prend aux tripes dès la première note, nos écrivains universels qui, comme Pessoa ou Saramago, font partie des plus grands, fier d’être Portugais c’est se draper d’une identité perdue, rouge et verte, qui nous réchauffe le coeur et qui nous réconforte dans les moments difficiles, fier d’être Portugais c’est saisir au vol une âme, belle et légère, qui va d’être en être, et qui nourrit nos rêves des plus grands espoirs…

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